Critique film
Publié le 17/07/2019 à 11h01 par Kévin Aubin
The Dead don't Die
8 /10

Dans la sereine petite ville de Centerville, quelque chose cloche. La lune est omniprésente dans le ciel, la lumière du jour se manifeste à des horaires imprévisibles et les animaux commencent à avoir des comportements inhabituels. Personne ne sait vraiment pourquoi. Les nouvelles sont effrayantes et les scientifiques sont inquiets. Mais personne ne pouvait prévoir l’évènement le plus étrange et dangereux qui allait s’abattre sur Centerville : les morts sortent de leurs tombes et s’attaquent sauvagement aux vivants pour s’en nourrir. La bataille pour la survie commence pour les habitants de la ville.

Jim Jarmusch s'essaie à la musique et à la poésie avant de s'inscrire dans la section cinéma de la New York University. Il finance son film de fin d'études, Permanent Vacation, avec l'argent d'une bourse destinée à payer ses frais de scolarité, ce qui lui coûte son diplôme, mais lui vaut d'être remarqué avant de s'atteler à son premier long métrage, Stranger than Paradise en 1983. Présenté à Cannes dans le cadre de la Quinzaine des Réalisateurs, ce road-movie contemplatif, tourné en noir et blanc, décroche la Caméra d'Or. Par la suite, il revient en compétition cette fois-ci avec Down by Law et montre son goût pour la confrontation des cultures. En 1995, il revisite le western avec Dead Man, oeuvre onirique présentée à Cannes. Le cinéaste s'amuse ensuite à détourner d'autres codes, ceux du film de samouraï, dans Ghost Dog : la voie du samouraï en 1999. En 2005, il signe le road-movie Broken flowers qui récolte le Grand Prix à Cannes. IL enchaîe ensuite avec les drames Only lovers left alive et Paterson.

En 2019, il revient avec la comédie d'épouvante-horreur The Dead Don't Die. C'était mal connaître le réalisateur si vous vous attendiez à voir une comédie horrifique façon "Shaun of the dead". Avec son cinéma indépendant si singulier qui en laisse plus d'un sur le carreau, Jim Jarmusch revisite le film de zombies à sa façon et le moins que l'on puisse dire c'est que ce n'est pas conventionnel. Dès les premières minutes, le ton est donné avec un rythme assez lent où les dialogues et les personnages auront une place prépondérante tout le long du métrage. S'en suit une histoire somme toute classique mais au fur et à mesure qu'elle se distille vient surprendre le spectateur dans le bon ou le mauvais sens du terme. D'un côté, certains apprécieront l'aspect nanar volontaire du film qu'impose le réalisateur avec de nombreuses références à des films bien connus du public, des dialogues écrits à la perfection parfois à mourir de rire, l’absurdité venant de nul part et poussée à l'extrême et j'en passe. De l'autre, certains crieront à l'ineptie évidente du film qui se veut trop sérieux pour emporter l'adhésion, ne racontant au final pas grand-chose voire rien du tout et souffrant d'une répétition à n'en plus finir. En allant voir ce film, c'est noir ou blanc, le gris n'est pas permis. Il faut se laisser porter par ce propose le spectateur et aller au-delà de ce que nous montre le film en première lecture pour y voir notamment une critique acerbe et intelligente sur notre société actuelle et notamment sur la consommation. Un film de genre déconcertant pour le meilleur, le pire et le rire.

Jim Jarmusch derrière la caméra c'est aussi décontenançant. La mise en scène profite aux acteurs et accuse une dynamique lancinante, les décors d'une petite ville américaine servent d'un huis clos à ciel ouvert on ne peut plus immersif, la photographie joue sur les teintes froides avec des couleurs sombres pour garantir une atmosphère mystique et la bande-son est composée d'une musique mais quelle musique !

Adam Driver et Bill Murray porte le film et forme un duo de flics tout bonnement exceptionnel. L'un sûr de lui à la force tranquille et l'autre vieux de la vieille raisonné et réfléchi. Les deux acteurs accusent un jeu tranquille et posé où un mot et un geste de leur part suffit à faire mouche. Chloë Sevigny vient compléter le duo d'acteur et apporte la touche féminine un du film. Le reste du casting est incommensurable avec notamment Tom Waits, Tilda Swinton, Danny Glover ou encore Selena Gomez. Tous ont un rôle à leur mesure et chacune de leur apparition est marquante. Leurs personnages respectifs sont excellents.

Pour sa nouvelle réalisation, Jim Jarmusch étonne voire surprend dans une moindre mesure dans ce qui s'annonçait comme une comédie horrifique mais qui casse les codes pour délivrer un film méta, de genre complètement halluciné. Le tout servi par un casting d'anthologie. L'aventure vaut le détour au risque d'être déçu mais aussi de prendre son pied. A vous de voir.

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