Critique film
Publié le 17/07/2019 à 11h02 par Kévin Aubin
Sibyl
9,5 /10

Sibyl est une romancière reconvertie en psychanalyste. Rattrapée par le désir d'écrire, elle décide de quitter la plupart de ses patients. Alors qu'elle cherche l'inspiration, Margot, une jeune actrice en détresse, la supplie de la recevoir. En plein tournage, elle est enceinte de l'acteur principal… qui est en couple avec la réalisatrice du film. Tandis qu'elle lui expose son dilemme passionnel, Sibyl, fascinée, l’enregistre secrètement. La parole de sa patiente nourrit son roman et la replonge dans le tourbillon de son passé. Quand Margot implore Sibyl de la rejoindre à Stromboli pour la fin du tournage, tout s'accélère à une allure vertigineuse…

Justine Triet fait ses premiers pas dans le cinéma en réalisant des documentaires orientés sur des sujets politiques. Cinéaste engagée, après quelques courts-métrages, elle signe son premier film en 2013 avec La bataille de Solférino. Ce film lance sa carrière étant présenté au festival de Cannes. En 2016, avec Victoria, elle est auréolée de succès et son second film ne cumule pas moins de cinq nominations aux César.

En 2019, elle revient le drame Sibyl, présenté en compétition officiel du festival de Cannes. Changeant de registre pour le drame psychologique, Justine Triet livre une oeuvre forte et évocatrice sur le passé qui nous rattrape et ses tourments. Si l'intrigue est complexe, elle donne d'entrée de jeu le ton du film pour qui se laisse porter par une histoire passionnante. Une histoire riche qui n'est pas forcément accessible à tous où se mêlent passé et présent, rapports complexes et psychologie. Le métrage épousant le flux de conscience de son héroïne. Le film déroule parfaitement des scènes marquantes et très intimes sur les personnages à la limite du voyeurisme. La force du film vient indéniablement de l'impression de mise en abyme de la situation de départ que l'on comprend plus tard. L'ambivalence règne tout du long où le spectateur ne sait jamais sur quel pied danser et surtout ne sait pas où tout cela va se finir. Une montée en tension se fait sentir où l'atmosphère oppressante parfois mystérieuse tient en haleine le spectateur. Les rebondissements ne manquent pas et ce qui arrive aux personnages fait écho plus ou moins en chacun de nous où certaines situations plus que réalistes pourraient nous arriver. Le fil rouge du film reste le sens que chacun veut donner à sa vie et la réflexion qui s'en dégage sur le rapport entre réalité et fiction en est plus qu'évidente. Une psychanalyse pas inintéressante et un minimum complexe.

Justine Triet porte son oeuvre à la perfection avec une réalisation sans faille. La mise en scène impressionne par sa gestion de la temporalité et de la mise en avant des acteurs, les décors entre lieux clos et espaces idylliques sont très bien choisis, la photographie joue avec les lumières naturelles et des couleurs froides pour accentuer l'ambivalence du film et la bande-son rythme admirablement chacune des scènes.

Virginie Efira et Adèle Exarchopoulos forme le duo féminin qui porte le film. Virginie Efira trouve ici son meilleur rôle en s'y abandonnant totalement. Soumise à rude épreuve, elle prouve une fois encore son talent immense d'actrice et surtout qu'elle ne recule devant rien. Quant à Adèle Exarchopoulos, on prend plaisir à la revoir dans un très bon et beau rôle au cinéma où elle s'y investie pleinement. N'oublions pas Gaspard Ulliel qui joue lui aussi excellemment et qui n'a rien à envier aux actrices principales. Les seconds rôles ne sont également pas en reste et chacune de leurs apparitions est remarquée.

Pour sa nouvelle réalisation, Justine Triet signe son meilleur film à l'histoire passionnante avec un scénario complexe qui malmène son spectateur à la perfection. Le tout servi par une Virginie Efira impériale et des acteurs excellents.

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