Critique film
Publié le 24/02/2026 à 10:22 par Grégory

Épreuves

Affiche
7,5 /10
New York, 1927. Christopher Tyler, jeune journaliste plein d'ambition, doit déposer Cicely Hunt à la gare : elle s'apprête à passer 18 mois à l'Université. Mais plutôt que de se séparer, le couple décide de se marier, sous l'oeil bienveillant de Tommy, leur ami metteur en scène. L'étudiante devient actrice, et Chris se voit proposer un poste de correspondant à Rome. Les jeunes mariés accepteront-ils cette fois de se séparer ?
Dès ses premières minutes, "Épreuves" pose une question simple et universelle : jusqu’où peut-on aimer sans s’oublier soi-même ? Situé dans le New York de 1927, le film d’Edward H. Griffith raconte moins une histoire de carrière ou de réussite qu’un lent tiraillement entre deux élans contradictoires : l’amour et l’ambition.

Christopher Tyler est jeune, brillant, pressé de devenir quelqu’un. Cicely Hunt, elle, regarde vers l’avenir avec curiosité et envie d’apprendre. Leur séparation annoncée, banale en apparence — un départ à l’université — devient soudain insupportable. Alors ils se marient. Non par calcul, mais par peur de se perdre. Ce choix impulsif, presque romantique dans son innocence, est aussi le point de départ de toutes les tensions à venir.

Margaret Sullavan incarne Cicely avec une fragilité vibrante. Son passage du monde universitaire à celui du théâtre n’est pas présenté comme une ascension facile, mais comme une métamorphose incertaine, parfois douloureuse. Elle évolue, s’affirme, et cette évolution devient paradoxalement une source de déséquilibre dans le couple. Face à elle, James Stewart compose un Christopher profondément humain : attachant, sincère, mais parfois aveugle à ce que ses propres ambitions exigent de l’autre.

Lorsque Rome entre en jeu, la question de la séparation ne peut plus être évitée. Le film n’en fait pas un mélodrame excessif. Il observe, avec pudeur, ce qui se fissure lentement quand deux trajectoires ne vont plus exactement dans la même direction. Ray Milland, dans un rôle plus posé, apporte une présence presque rassurante, comme un rappel silencieux de ce que pourrait être une vie plus stable — ou simplement différente.

Ce qui rend "Épreuves" touchant, c’est son refus de choisir un camp. Le film ne condamne ni l’ambition, ni l’amour, ni même l’égoïsme parfois nécessaire pour avancer. Il montre simplement que chaque décision a un prix, et que l’amour, aussi fort soit-il, est constamment mis à l’épreuve par le temps, la distance et le désir de devenir soi-même.

Bref, "Épreuves" est un film discret, mais profondément sincère. Un film qui parle de ces moments où l’on ne sait plus très bien s’il faut retenir l’autre… ou le laisser partir.
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