Critique film
Publié le 30/05/2018 à 14h12 par Kévin Aubin
L'Île aux Chiens
10 /10

En raison d’une épidémie de grippe canine, le maire de Megasaki ordonne la mise en quarantaine de tous les chiens de la ville, envoyés sur une île qui devient alors l’Ile aux Chiens. Le jeune Atari, 12 ans, vole un avion et se rend sur l’île pour rechercher son fidèle compagnon, Spots. Aidé par une bande de cinq chiens intrépides et attachants, il découvre une conspiration qui menace la ville.

Wes Anderson se passionne très tôt pour le cinéma, s’amuse à réaliser des courts métrages avec sa caméra Super 8 et s’initie au montage. Se refusant à étudier le cinéma, il se lance dans l'écriture et la réalisation d'un petit film de moins de quinze minutes. En 1996, il le développe en long-métrage intitulé "Bottle Rocket" et fait appel à Luke et Owen Wilson pour interpréter les premiers rôles. Deux ans plus tard, "Rushmore", très bien accueilli par la critique, l'impose comme l'un des nouveaux espoirs du cinéma indépendant américain. Il poursuit ses réalisations à l'univers "mélancomiques" tout en imposant son style visuel et narratif. En 2010, il se lance dans l'animation et réalise "Fantastic Mr. Fox", un long-métrage en stop-motion qui est à l'origine une adaptation du livre homonyme de Roald Dahl. Il revient au film live en 2012 avec "Moonrise Kingdom", un conte initiatique avec un casting éclectique qui sera suivi en 2014 de "The Grand Budapest Hotel".

En 2018, il renoue avec l'animation et se frotte une nouvelle fois à la stop-motion avec "L'Île aux Chiens". Wes Anderson n'est pas un cinéaste comme les autres et il le prouve une nouvelle fois avec cette ½uvre cinématographique à part, un instant de cinéma remarquable. Sur une histoire somme toute classique, celle d'un jeune garçon en quête de son chien isolé sur une île, le réalisateur en extirpe toute la simplicité pour l'amener vers une complexité inattendue dans un univers riche. Un film qui fourmille d'idées tant visuellement que narrativement où en tant que spectateur on se doit d'y s'immerger totalement. Si le début peut surprendre et décontenancer, après y avoir fait abstraction, on s'étonne à prendre goût à un film intelligent en tous points. Une avalanche de créativité, d'humour doux-amer auquel il faut être réceptif et d'une histoire sous ses airs classiques recèle des messages politiques et sociaux. Au-delà d'une simple aventure, c'est une ode à la vie à la fois poétique et engagée où les genres s'entremêlent brassant des influences que les cinéphiles reconnaitront. Bien évidemment, le réalisateur impose une nouvelle fois son style reconnaissable au premier coup d'½il : goût pour la symétrie, esthétique rétro, galerie de personnages atypiques comme figés, histoire segmentée en chapitres... Unique en son genre.

La réalisation de Wes Anderson est d'une perfection incomparable menée d'une main de maître. La mise en scène est minutieuse où chaque détail compte, les décors sont d'un réalisme sidérant, la photographie léchée avec ses couleurs pastel souvent criardes est sublime et la bande-son signée Alexandre Desplat est d'une intensité sans pareil. Comme à son habitude, le réalisateur ne lésine pas sur les moyens pour porter haut et fort son film.

Le métrage bénéficie d'un casting vocal prestigieux. Les voix originales sont assurées par Bryan Cranston, Frances McDormand ou encore Edward Norton et les voix françaises sont assurées par Vincent Lindon, Isabelle Huppert ou encore Romain Duris. De grands acteurs au service d'un doublage exceptionnel. Les marionnettes du film présentent des personnages attachants où notamment les chiens sont plus vrais que nature; humanisés. Les humains du film sont eux aussi conçus avec le plus grand soin afin qu'on s'y attachent facilement. Du très grand art.

Pour sa nouvelle réalisation, Wes Anderson prouve une nouvelle fois son amour pour le cinéma. Il signe une ½uvre atypique dont lui seul a le secret. Un chef d'½uvre instantané !

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