Critique film
Publié le 05/10/2026 à 10:39 par Grégory

Vade Retro

Affiche
6,5 /10
Norbert, vampire de bonne famille aristo-réac, doit trouver une femme de sang pur à mordre et à épouser s’il veut survivre et ne pas être renié par ses parents. Envoyé en bateau au Japon, accompagné de son valet gardien de musée, il fait naufrage sur l’île de Boulet Rouge.
Difficile de faire plus improbable qu'un vampire aristocrate envoyé au Japon pour trouver une femme de "sang pur". Pourtant, c'est bien sur cette idée complètement décalée qu'Antonin Peretjatko construit "Vade Retro". Après un naufrage qui l'éloigne de sa destination, Norbert se retrouve avec son valet sur l'île de Boulet Rouge, entraîné dans une aventure où vampires, traditions absurdes et humour déjanté se mélangent sans vraiment chercher à respecter les règles du genre.

Le film assume immédiatement son côté excessif. Ici, le ridicule n'est jamais très loin du gore et les situations peuvent basculer d'une scène à l'autre dans un véritable délire burlesque. Peretjatko semble surtout vouloir s'amuser avec les codes du film de vampires, quitte à pousser certaines idées jusqu'à l'absurde. Cette liberté donne au film une identité particulière, même si cet humour très décalé ne fonctionnera clairement pas avec tout le monde.

Derrière cette apparente folie se cache également une satire assez mordante. La famille de Norbert représente une vision rétrograde et obsédée par la pureté du sang, tandis que le jeune vampire se retrouve lui-même prisonnier de traditions qu'il ne semble pas vraiment comprendre ni accepter. Le fantastique devient alors un moyen de se moquer de certaines idées conservatrices et de cette volonté de préserver un monde qui n'existe déjà plus.

Estéban se montre parfaitement à l'aise dans cet univers étrange. Son interprétation donne à Norbert un côté naïf et maladroit qui contraste avec l'image habituellement plus menaçante du vampire. Pascal Tagnati apporte une bonne complémentarité dans le rôle du valet, tandis que les différents personnages croisés au fil de l'aventure participent à cette impression de carnaval permanent.

Visuellement, "Vade Retro" ne cherche surtout pas le réalisme. Les effets volontairement kitsch, les maquillages et certaines scènes sanglantes renforcent l'impression de regarder une sorte de bande dessinée horrifique passée à l'écran. Cela peut parfois donner une impression de bricolage, mais cette esthétique participe aussi au charme du film et à son envie de ne jamais se prendre au sérieux.

Le principal problème vient justement de cette volonté d'aller constamment plus loin dans le n'importe quoi. À force d'enchaîner les situations absurdes et les idées décalées, le récit finit parfois par perdre son rythme et son efficacité comique. Certaines scènes fonctionnent parfaitement, tandis que d'autres donnent davantage l'impression d'une succession de trouvailles sans véritable lien. Le film demande donc d'accepter son univers dès les premières minutes pour pouvoir réellement en apprécier les excès.

"Vade Retro" ne cherche clairement pas à plaire à tout le monde, et c'est probablement ce qui fait à la fois sa force et sa faiblesse. Cette comédie horrifique complètement barrée possède une vraie personnalité, un humour irrévérencieux et une volonté assez réjouissante de détourner les codes du vampire. Tout n'est pas réussi et certaines extravagances peuvent rapidement fatiguer, mais difficile de reprocher au film de manquer d'audace. Une curiosité française aussi étrange que provocatrice, qui trouvera surtout son public chez les amateurs de cinéma décalé et de séries B assumées.

En résumé, une comédie horrifique volontairement excessive, parfois drôle, parfois complètement à côté, mais qui possède une véritable personnalité. "Vade Retro" fonctionne surtout lorsqu'il assume son côté kitsch et son humour absurde avec un Estéban convaincant dans la peau de ce vampire aussi maladroit qu'attachant.
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