Critique film
Publié le 27/03/2018 à 12h50 par Kévin Aubin
La Promesse de l'Aube
10 /10

De son enfance difficile en Pologne en passant par son adolescence sous le soleil de Nice, jusqu’à ses exploits d’aviateur en Afrique pendant la Seconde Guerre mondiale… Romain Gary a vécu une vie extraordinaire. Mais cet acharnement à vivre mille vies, à devenir un grand homme et un écrivain célèbre, c’est à Nina, sa mère, qu’il le doit. C’est l’amour fou de cette mère attachante et excentrique qui fera de lui un des romanciers majeurs du XXème siècle, à la vie pleine de rebondissements, de passions et de mystères. Mais cet amour maternel sans bornes sera aussi son fardeau pour la vie…

Eric Barbier intègre l'Idhec en 1979, l'occasion pour lui de réaliser une poignée de courts métrages et de faire connaissance avec Eric Rochant ou Arnaud Desplechin. En 1991, il signe son premier long-métrage avec Brasier, fresque historique sur l'univers des mineurs dans la France des années 30. Le jeune cinéaste fait preuve d'une ambition rare dans le cinéma français mais le film est un cuisant échec commercial qui éloignera durablement Eric Barbier des plateaux de cinéma. Il revient sur le devant de la scène en 2006 avec son troisième long Le Serpent, adaptation d'un roman du britannique Ted Lewis.

En 2017, il revient avec La Promesse de l'aube, long-métrage ambitieux adapté du roman autobiographique d'aventure initiatique du même nom de Romain Gary. Adapter ce chef d'œuvre de la littérature est délicat tant ce roman autobiographique sur l'amour maternel est dense. Eric Barbier conserve l'essence du roman et signe un magnifique film. Aux allures romanesques, le film transporte son spectateur dans le début du 20e siècle telle une fresque épique. L'histoire se décompose en deux grandes parties, l'une sur la jeunesse de Romain Gary et sur sa mère qui lui voue un amour inconditionnel et l'autre sur l'émancipation de Romain Gary et sur l'absence d'une mère. Une première partie qui prend le temps de bien expliquer la relation existante entre une mère et son fils, ce lien si particulier qui unit deux êtres, inaltérable avec le temps. A la fois tendre, bouleversant, drôle... Le spectateur s'immisce dans la vie de Romain Gary et de sa mère où il est confronté à une multiplicité de scènes. En effet, les rebondissements sont légions et montrent la vie mouvementée de nos deux personnages. La seconde partie est moins explicative et dirigée sur Romain Gary embarqué dans la seconde guerre mondiale. Le spectateur y voit un jeune homme devenu grand, adulte et responsable. Soucieux de rendre fier sa mère, on observe avec minutie les douleurs tant physiques que psychologiques de notre héros. On explore également ses sentiments jusqu'à l'extrême limite. Le spectateur étant constamment sur la corde raide quant à l'interprétation de l'amour vécu par cette mère et son fils, abordé avec profondeur. L'équilibre est parfaitement trouvé entre ces deux parties avec un rythme qui va crescendo, extrêmement soutenu, où il se passe énormément de choses. Plus qu'une simple adaptation, une expérience rare au cinéma qui se vit intensément.

Derrière la caméra, Eric Barbier est tel un maestro à la hauteur de ce projet de grande ampleur. La mise en scène insuffle à de l'intime du romanesque et de l'épique, les décors reconstituent parfaitement le début du 20e siècle avec des scènes grandeur nature et quelques effets spéciaux impressionnants, la photographie est évocatrice des différentes époques de la vie de Romain Gary avec une importante palette de couleurs et un grain assez marqué, et la bande-son est très belle à écouter.

Ce film doit également beaucoup à ses deux acteurs principaux. Dans le rôle de Romain Gary, Pierre Niney est remarquable comme habité par son personnage. Comme à son habitude, il s'investit pleinement et confirme une fois de plus son talent d'acteur. Dans le rôle de Nina Kacew, Charlotte Gainsbourg est époustouflante. Elle aussi est habitée par son personnage et pleinement investie, son talent d'actrice n'étant plus à faire. Un duo d'acteurs prodigieux qui porte le film avec brio. N'oublions pas les nombreux seconds rôles qui même avec quelques brèves apparitions font mouches.

Pour sa nouvelle réalisation, Eric Barbier signe un beau film sur l'amour maternel. Un film qui rend un très bel hommage à la vie de Romain Gary et à son roman. Du cinéma français qui fait plaisir à voir et trop rare à l'écran. De très bons acteurs portent cette œuvre cinématographique avec brio. A voir absolument !

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