Critique film
Publié le 13/09/2018 à 16h22 par Kévin Aubin
Bonhomme
7,5 /10

La vie de Piotr et Marilyn, jeune couple de la banlieue lilloise, va être bouleversée suite à un accident de voiture. Traumatisé crânien, Piotr, s’il garde son physique avantageux, n’a plus toute sa tête : tantôt matou apathique, tantôt fauve en rut à l’hypersexualité débridée. Pour Marilyn, convaincue que son amour pour lui peut le sauver, c’est le début d’une épopée menée vaille que vaille et cul par-dessus tête.

Marion Vernoux abandonne ses études en classe de terminale pour se lancer dans le cinéma. Elle démarre comme assistante de production au milieu des années 80 avant d'entamer l'écriture de scénarios. En 1991, elle signe sa première réalisation pour la télévision et trois ans plus tard son premier long pour le cinéma avec Personne ne m'aime. La critique est emballée par le ton décalé de cette première réalisation cinématographique. S'en suivent plusieurs réalisations dans le genre comédie dramatique.

En 2018, elle revient avec Bonhomme, sa nouvelle comédie dramatique. Le film part d'un postulat intéressant puisqu'il traite du quotidien d'une personne cérébro-lésée ou traumatisée crânien. La réalisatrice déroule ainsi une histoire traitant du handicap de cette personne mais surtout de la relation entretenue avec son entourage. Ainsi, le spectateur vit chaque instant de la vie de Piotr, accidenté et lésé psychologiquement, et qui va devoir apprendre à vivre avec son handicap. Le sujet traité n'est pas pathos ni larmoyant et est intelligemment amené avec des séquences intimistes à la fois drôles et touchantes. Le film traitant en plus du handicap de la précarité. Une histoire d'amour compliquée qui sort des standards habituels légère et lourde de sens. Il est vrai que le rythme du film est parfois déséquilibré car on a cette sensation que le récit tourne parfois un peu en rond notamment les scènes de sexe assez nombreuses et redondantes. Mais il faut se laisser porter par cette relation amoureuse et se prendre au jeu pour apprécier pleinement le métrage. On s'attache très facilement aux personnes et on ne peut rester indifférent à ce qu'elles traversent. Le spectateur est bousculé autant qu'il est en territoire connu. Une histoire pas banale qui a le mérite de sortir un peu du lot et qui donne un film intéressant à suivre.

Marion Vernoux captive son spectateur et signe une réalisation maîtrisée qui montre les choses telles qu'elles sont. La mise en scène profite indéniablement aux acteurs magnifiés par la caméra, les décors sont de bonne facture, la photographie avec ses lumières naturelles et ses tonalités froides participe à créer une histoire du quotidien à laquelle le spectateur y prête attention et la bande-son vit au rythme du film.

Nicolas Duvauchelle et Ana Girardot portent le film excellement. D'un côté Duvauchelle surprend une nouvelle fois dans un rôle d'homme meurtri par son handicap et est là où on ne l'attendait pas forcément. Impliqué de bout en bout il signe une belle performance d'acteur. De l'autre Girardot est dans son élément et comme toujours elle est pleinement investie. Elle donne de sa personne et prouve une nouvelle fois qu'elle sait choisir ses rôles. Un duo d'acteurs en parfaite symbiose à l'écran. Le film permet à Béatrice Dalle de repointer le bout de son nez face caméra et elle y trouve un petit rôle de bon acabit. Les autres acteurs ne sont pas en reste et arrivent à tirer leur épingle du jeu à certains moments.

Pour sa nouvelle réalisation, Marion Vernoux signe une comédie dramatique qui traite d'un sujet grave sans lourdeur pour une histoire d'amour qui ne laissera pas indifférent. Un film lumineux porté par un très bon duo d'acteurs qui vaut à lui seul le déplacement.

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