Critique film
Publié le 13/09/2018 à 16h21 par Kévin Aubin
BlacKkKlansman - J'ai infiltré le Ku Klux Klan
10 /10

En 1978, Ron Stallworth est le premier policier afro-américain de Colorado Springs. Il s'infiltre dans la branche locale du Ku Klux Klan et parvient même à devenir président de cette organisation raciste. Pendant des mois, Stallworth s'est fait passer pour un suprémaciste blanc en participant aux échanges du KKK par téléphone ou par courrier pour ne pas être démasqué. Pour éviter d'être découvert, son collègue blanc mais juif Flip Zimmerman prenait sa place aux événements par ce groupe raciste et antisémite lorsque sa présence était nécessaire. Infiltré, Stallworth réussit à saboter bon nombre de rassemblements et de manifestations du Ku Klux Klan.

Spike Lee est diplômé en production cinéma. Un des courts métrages réaliser durant ses études lui permet de remporter, entre autres prix, l'Oscar du meilleur film étudiant : Joe's bed-study barbershop : we cut heads (1982), qui connaîtra une diffusion sur les ondes et pour lequel il fonde sa maison de production 40 Acres and a Mule. En 1987, il réalise Nola Darling n'en fait qu'à sa tête, premier long métrage réalisé en douze jours avec une équipe réduite. Couronné par le prix de la jeunesse lors du Festival du Film de Cannes 1986, le film connaît un succès critique et public des deux côtés de l'Atlantique, et fait de son auteur le nouveau porte-parole du cinéma afro-américain. Cinéaste engagé, il voit parfois sa renommée quelque peu entamée. Ce qui ne l'empêche de continuer ses réalisations. En 2006 il revient en force avec Inside man - l'homme de l'intérieur, film de braquage à gros budget. Il tourne également des documentaires en parallèle de réalisations qui essuient parfois des échecs cuisants.

En 2018, il revient avec BlacKkKlansman - J'ai infiltré le Ku Klux Klan, adapté du livre de Ron Stallworth publié en 2014 et qui raconte l’histoire vraie d’un policier afro-américain (lui-même) qui, au plus fort de la lutte pour les droits civiques, tente de faire tomber le Ku Klux Klan avec l’un de ses collègues. Le réalisateur revient en force avec un film subversif et engagé comme il sait faire. Quel plaisir de le retrouver au commande d'un film qui mélange les genres et dénonce autant qu'il fait écho à l'actualité américaine d'aujourd'hui. Le spectateur est transporté dans les années 70 pour vivre cette incroyable histoire vraie exceptionnelle et immanquable. Tout sonne juste dans ce métrage : une histoire captivante, un scénario et des dialogues bien écrits, des personnages hauts en couleur, des situations cocasses et un mix comédie/policier au top. Un film qui ne manque pas de rythme avec des rebondissements rondement menés. Le réalisateur privilégie l'intime au grandguignolesque et permet au spectateur d'être en totale immersion dans cette improbable enquête qui n'oublie pas d'envoyer des messages forts notamment sur le racisme et le vivre-ensemble. Une oeuvre cinématographique au récit très juste qui dépeint une réalité malheureusement toujours présente avec un sens du timing parfait. Malgré l'impact dramatique du film qui étonnement reste en second plan, l'humour est présent et amené avec tact pour des séquences jouissives. Le réalisateur appuie là où ça fait mal et c'est tant mieux ! Voir un film de cette envergure prouve que le cinéma engagé est toujours bien présent. Qui plus au travers d'un divertissement créatif qui parle à tous.

Spike Lee manie comme toujours habilement la caméra. La mise en scène est inventive et assume parfois ses allures plus classique, les décors d'époque sont de très bonne facture, la photographie a un grain très 70's avec des couleurs froides et pâles pour un voyage dans le passé des plus immersifs et la bande-son nous transporte encore un peu plus dans le ton et l'époque. L'ensemble fonctionne à merveille.

John David Washington, fils du célèbre acteur Denzel Washington, fait une première grande apparition à l'écran remarquée et remarquable. Pour ce premier grand rôle au cinéma, l'acteur fait des étincelles et emporte assurément l'adhésion du spectateur. Pour l'accompagner, Adam Driver est tout aussi excellent dans le rôle d'un flic droit dans ses baskets. Avec toujours sa nonchalance habituelle et un visage quasi-inexpressif, il contrebalance parfaitement avec l'énergie détonante de John David Washington. Les autres acteurs ne sont pas en reste et assurent des compositions de haute volée. Un casting où personne n'est oublié avec des rôles bien écrits et qui marquent le spectateur.

Pour sa nouvelle réalisation, Spike Lee est de retour pour nous offrir un film essentiel dont lui seul a le secret. Arriver à mettre en scène une histoire inspirée de faits réels au ton grave en l'amenant sur le terrain de l'irrévérence et de la comédie est une réussite à l'écran. Le duo Washington/Driver fonctionne du tonnerre pour une oeuvre cinématographique qui se doit d'être vue.

  VOUS AIMEREZ AUSSI :
  COMMENTAIRES :
Prénom :
Mail :
Votre mail ne sera pas publié  
Code de vérification
:
0 commentaire